Visiter les plantations de thé et de maté en Argentine
À la découverte des plantations de thé et de maté en Argentine
L’Argentine n’est pas spontanément associée au thé. Pourtant, dans le nord-est du pays, certaines régions cultivent depuis plusieurs décennies le thé et la yerba maté.
Lors de notre voyage, nous avons souhaité découvrir ces plantations, comprendre les méthodes de culture et rencontrer celles et ceux qui travaillent la feuille, du champ à la tasse. Une immersion à la fois agricole, culturelle et humaine.
Les deux régions productrices de thé et de maté en Argentine

Située entre climat subtropical et terres rouges, la région de Misiones offre des conditions favorables à la culture du thé et du maté. Elle regroupe 95% de la production de thé du pays, tandis que 5% sont dans le nord de Corrientes.
Les célèbres terres rouges du nord de l’Argentine constituent un terroir particulièrement favorable à la culture du thé et du maté. Leur couleur caractéristique provient de leur richesse en fer et en minéraux, essentiels au bon développement des plants.
En effet, ces sols sont naturellement acides, une condition indispensable pour des plantes comme le thé (Camellia sinensis) et le maté (Ilex paraguariensis), qui s’épanouissent dans des environnements non calcaires. Leur excellent drainage, combiné à une bonne capacité de rétention de l’eau, protège les racines tout en assurant une alimentation régulière en humidité.
Si les deux plantes, le camélia sinensis (thé) et l'ilex paraguariensis (maté) partagent parfois les mêmes zones géographiques, leurs rôles sont très différents, aussi bien dans l’économie du pays que dans le quotidien des Argentins.
La production argentine de thé reste discrète à l’échelle mondiale, tandis que le maté occupe une place centrale, aussi bien localement qu’à l’export.
Comme nous l’a indiqué Pablo - le producteur de thé, dont je vous parle ci-après, la rentabilité des deux plantes est totalement différente : il faut 5kg de feuilles fraîches pour produire 1kg de thé tandis qu’il n’en faut que 3kg pour obtenir 1kg de maté.
Découvrir les plantations en Argentine
La culture du thé en Argentine
Le thé argentin est tout juste centenaire ! Il est jeune !
Les premiers plants de thé en Argentine datent de 1920, importés de Russie.
Dès 1924, le gouvernement encourage la culture avec des graines venues de Chine. Bien que cultivé dans plusieurs provinces, le thé argentin peine à s’imposer, face à un prix bas et une qualité jugée inférieure aux importations.
C’est dans les années 1950 que la production à grande échelle commence grâce à Navajas Centeno, qui diversifie ses cultures, après que l’Argentine a interdit certaines importations, dont le thé, pour protéger sa balance commerciale.
Dans les années 1960, les méthodes de culture sont largement mécanisées, afin de répondre aux volumes demandés.
Nous avons visité plusieurs plantations et usines qui procèdent à la cueillette mécanique avec des “tea harvester”, gros engins ressemblant à des moissonneuses batteuses.
Cette méthode permet de faire baisser les coûts de production, mais qu’en est-il des conséquences sur la qualité du thé ?
Les plantations de thé en Argentine sont majoritairement tournées vers une production destinée à l’exportation pour le Brésil ou le Chili. Et oui, une grande partie du thé argentin est destiné à se retrouver dans la composition de boisson froide et sucrée de thé glacé !
Pour se faire, on utilise la méthode CTC (de l'anglais crush tear curl, “écraser, déchirer, rouler”). C’est un procédé particulier de transformation du thé noir que l’on retrouve dans les thés en sachets ou autres utilisations ne valorisant que très peu la qualité.
Certaines belles exploitations conservent toutefois un savoir-faire plus artisanal, avec une attention particulière portée à la qualité de la feuille. La visite de ces plantations permet de mieux comprendre les grandes étapes de transformation du thé : la cueillette, le flétrissage, l’oxydation et le séchage. C’est ce que je vous raconte un peu plus loin, dans le paragraphe sur les rencontres faites avec des producteurs argentins…
La culture et la transformation du maté en Argentine
En Argentine, le maté occupe une place singulière dans le paysage des boissons chaudes. Issu de la plante Ilex paraguariensis, il est cultivé principalement pour répondre à une consommation domestique très élevée, ce qui distingue fortement sa filière de celle du thé, davantage tournée vers l’exportation comme le montre la carte ci-dessus.
La culture du maté repose encore largement sur des pratiques traditionnelles. La récolte est majoritairement manuelle et s’effectue par coupe sélective des branches, une méthode qui permet de préserver les plants sur le long terme. Cette approche favorise la régularité de la production et la stabilité de la qualité, plutôt qu’une recherche de rendement maximal.
Après la récolte, les feuilles sont rapidement transformées afin de fixer leurs caractéristiques aromatiques. Elles subissent d’abord un traitement thermique bref destiné à stopper l’oxydation, avant d’être séchées. Le maté est ensuite stocké pour une phase de maturation, qui peut durer plusieurs mois et joue un rôle clé dans le développement de son goût final. Ce n’est qu’à l’issue de cette étape que les feuilles sont broyées et assemblées.
Ce processus confère au maté son profil sensoriel caractéristique, marqué par des notes végétales, parfois boisées ou torréfiées. Pour un amateur de thé, le maté représente ainsi une autre manière d’explorer le monde des infusions, à la croisée des savoir-faire agricoles et des usages culturels.
Le maté : une tradition culturelle argentine
Le maté trouve ses origines bien avant la formation de l’Argentine moderne. Les peuples autochtones d’Amérique du Sud consommaient déjà les feuilles de Ilex paraguariensis pour leurs propriétés stimulantes et digestives. À partir du XVIIᵉ siècle, sa consommation se diffuse plus largement, portée par les échanges et les usages quotidiens. Avec le temps, le maté devient un marqueur culturel fort, transmis de génération en génération.
Au-delà de la boisson elle-même, le maté est indissociable de ses accessoires, qui structurent le rituel. La calebasse, traditionnellement fabriquée à partir d’une courge séchée, sert de récipient. Sa forme et sa matière influencent la perception de la boisson, et son usage répété participe à l’identité du maté préparé. Aujourd’hui, on trouve également des calebasses en bois, en céramique ou en métal, sans que le principe du rituel ne change.
La bombilla, paille métallique munie d’un filtre, permet de boire l’infusion tout en retenant les feuilles. Elle est un élément central du partage : une seule bombilla est utilisée pour l’ensemble du groupe, renforçant la dimension collective du maté. Le thermos, enfin, accompagne souvent la pratique, permettant de maintenir l’eau à température tout au long de la dégustation et de “recharger” son maté.
Lors de notre voyage, nous avons été touchés par cette habitude simple et chaleureuse : un même maté passe de main en main, chacun boit à son tour avant de le rendre à la personne qui sert, le cebador. On ne dit pas merci tant qu’on souhaite continuer à en boire, car ce mot signifie que l’on se retire du cercle. Ce moment suspendu crée une parenthèse de convivialité, où l’on prend le temps de discuter, de rire et d’être ensemble. Plus qu’une dégustation, le maté devient un lien, une façon douce et authentique de se retrouver autour d’une même tasse.
Pour un amateur de thé, ces accessoires illustrent une autre manière d’aborder l’infusion, où le geste, le temps et la répétition occupent une place aussi importante que le goût lui-même.
Rencontres avec les producteurs argentins
Ces visites rappellent l’importance de l’origine et du travail humain derrière chaque feuille. Même lorsque le thé n’est pas au cœur de la culture nationale, le respect du végétal reste essentiel pour garantir qualité et constance.
Plantation de thé
Rencontre avec Pablo Machicote, son épouse Sylvia et Juan Del Iguazu Infusiones.

Depuis Oberá, nous avons quitté les routes principales pour nous enfoncer dans les chemins de terre rouge de Misiones. La jungle devient plus dense, les habitations disparaissent, et après une trentaine de minutes de route, nous arrivons à la plantation Del Iguazú Infusions. Pablo Machicote nous y accueille, accompagné de son épouse et de Juan, avec une simplicité et une générosité qui donnent immédiatement le ton.
La plantation est conduite en agriculture biologique, sans aucun traitement chimique. Ici, la nature dicte son rythme et chaque décision est prise dans le respect du sol, des plantes et de l’environnement. Autour des théiers, les plants de yerba maté façonnent le paysage et participent pleinement à l’identité du lieu.
Pablo est un producteur humble, convaincu que le thé est un apprentissage permanent. Fort de près de vingt ans d’expérience dans la production et la transformation du thé, son savoir-faire et sa connaissance du produit est indéniable, il a pourtant choisi de remettre sans cesse son travail en question. C’est cette exigence tranquille qui nous a marqués lors de la découverte des différentes étapes de fabrication, notamment celles d’un thé blanc, réalisées avec une grande précision et beaucoup de patience.
Cette philosophie se retrouve dans son thé vert, que nous avons proposé (rupture de stock) en boutique. En tasse, il raconte son terroir : une trame végétale nette, une fraîcheur profonde, et une expression très pure de la terre rouge de Misiones. L’environnement, marqué par la yerba maté, semble lui apporter une dimension herbacée et vivante, presque sauvage.
Cette plantation est née du rêve de Pablo de proposer des thés d’exception issus de sa région natale. Face à la difficulté de trouver des thés réellement qualitatifs, riches en arômes et en saveurs, il a décidé de créer sa propre structure, avec l’ambition de faire découvrir le meilleur de Misiones à travers des thés biologiques, sincères et profondément ancrés dans leur origine.
Les photos de la plantation, de la cueillette et des différentes étapes de transformation — que nous partagerons dans un autre article, témoignent de ce lien entre la terre, les plantes et le travail de l’homme.
Plantation de maté Kraus
Rencontre avec Juan Angel et Yéyé

C’est au cœur de la province de Misiones, que nous avons été accueillis par Juan Angel et sa femme Yéyé, qui nous ont ouvert les portes de leur maison au sein de l’exploitation familiale avec simplicité et disponibilité, nous permettant de découvrir les coulisses d’une production engagée et exigeante.
La plantation est conduite en agriculture biologique, sans recours aux traitements chimiques. Les plants de yerba maté sont cultivés dans le respect des cycles naturels, avec une attention particulière portée à la préservation des sols et de la biodiversité environnante. Cette approche se reflète dans l’organisation du travail : de la récolte au séchage, chaque étape est maîtrisée afin de garantir une qualité constante et une traçabilité complète.
Kraus est née de la volonté de produire un maté authentique, à la fois pur et équilibré, fidèle à son terroir d’origine. Juan Angel nous a expliqué l’importance du temps dans l’élaboration du maté : le séchage et l’affinage jouent un rôle essentiel dans le développement aromatique et dans la réduction naturelle de l’amertume. Le résultat est un maté doux, structuré, qui se distingue par sa netteté en bouche et son profil végétal harmonieux.
Au-delà de la production, la plantation incarne un véritable projet de vie, fondé sur la transmission d’un savoir-faire et sur une relation étroite avec la nature. Cette visite nous a permis de mieux comprendre la réalité du travail des producteurs et la valeur humaine qui se cache derrière chaque feuille récoltée.
Les photographies de la plantation, des champs de yerba maté et des différentes étapes de transformation — que nous partagerons prochainement — viendront illustrer cette immersion au cœur d’un territoire où le maté est bien plus qu’une boisson : un héritage culturel et un engagement quotidien.
Nous vous parlerons aussi de Milton, fils du couple de producteur, qui nous a fait découvrir l’usine de mise en sachet prêt à l’export.
Pourquoi s’intéresser aux thé et maté argentins
Ce voyage en Argentine s’inscrit dans un parcours plus large à la découverte des grandes terres de thé. Prochaines étapes : le Sri Lanka et la Chine.
Chaque région offre une vision différente du thé et des plantes infusées. Ces expériences nourrissent notre approche et renforcent notre engagement à proposer des thés dont nous connaissons l’origine et les méthodes de production.
L’Argentine n’est à priori pas le pays où la culture du thé est la plus développée mais il a été très intéressant pour nous de le découvrir sous le prisme de l’agriculture de deux boissons que nous chérissons chaque jour.
Jérémy a vécu 4 ans en Argentine, et il a gardé l’habitude de boire de la yerba, tous les matins, dans un de ses nombreux matés.
C’était un plaisir de partager avec les argentins et les argentines des moments conviviaux avec des cultivateurs déterminés et compétents.
Nous avons eu la chance de vous proposer au comptoir de Versailles, le thé vert du Jardin de Pablo d’avril à décembre 2025. Ses arômes légers, floraux mais empreints d’une note terreuse - dûe aux plants de yerba maté qui entourent les théiers, résument tout à fait notre voyage : ENTRE THÉ ET MATÉ DANS LA RÉGION DE LA TERRE ROUGE !
Malheureusement, l’import régulier des thés de ce jardin est compliqué à tenir.
Les contraintes réglementaires, logistiques et d’approvisionnement (petit jardin) ne nous permettent pas de vous le proposer comme nous le voudrions.
Quant au maté, il est reconnu pour ses vertus stimulantes et équilibrantes. Riche en antioxydants, en vitamines (B, C) et en minéraux, il apporte une énergie douce et durable, sans les effets nerveux du café. Il favorise aussi la concentration, la digestion et aide à lutter contre la fatigue physique et mentale.
Aller le découvrir sur place, en Argentine, permet de comprendre bien plus qu’un produit : on rencontre les producteurs, on voit les plantations, on apprend les méthodes de récolte et de séchage, et surtout on partage le rituel du maté tel qu’il est vécu au quotidien. Cette expérience donne du sens à ce que l’on propose en boutique : un maté authentique, choisi pour sa qualité et pour son histoire, et non simplement pour son goût.
Nous espérons pouvoir continuer à travailler avec Milton qui gère à la fois la commercialisation de la production de maté familiale et de nombreuses productions de la région de Misiones.
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